Les outils de taille du Vigneron & du jardinier - 1ère partie - Le Réveil Horticole

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Les outils de taille du Vigneron & du jardinier - 1ère partie

Botanique et histoire > LES OUTILS DE TAILLE
 

Petit préambule ...

Alain Muset est un grand collectionneur,
sa passion ce sont les outils qui servent à la taille
et spécialement les sécateurs petits et grands modèles.
Sa superbe collection est composée des outils fait-main dont
se servaient les anciens.
Ces sécateurs dont l'invention remonte aux années 1800 sont à l'origine
des modèles dits « ergonomiques », que l'on trouve aujourd'hui sur le marché.
Nul n'était donc mieux placé que notre passionné pour nous raconter
l'histoire des outils de taille et de leur évolution
!

 

Les outils de taille du vigneron et du jardinier  par Alain Muset
1ère partie

Bien avant le sécateur, de quel outil se servait donc le jardinier dans son travail lorsqu'il lui fallait simplement couper une branche ?
Le premier coupant, c'est la dent, ou plutôt les dents. Celles-ci servaient à couper et c'est toujours vrai aujourd'hui lorsque nous mangeons par exemple. Mais ce sont surtout les dents des animaux qui furent les premiers outils de l'homme pour couper.
Que nous raconte l'histoire ?
St Vincent possédait deux vignes et aussi un âne ayant grand faim au sortir de l'hiver.
L'animal , fort bien inspiré, brouta un des pieds de vigne en le ratiboisant si bien qu'il ne resta guère qu'un cep noueux et nu. Quand vint la saison des vendanges, la vigne broutée donna davantage de grappes et de beaux raisins que celle restée intacte. (Il faut savoir que la même version existe aussi mais avec St Martin !)

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NDLR : Petit intermède ici afin de revoir nos préjugés sur cet animal familier !

                                            
et d'ailleurs !

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Une autre version raconte que dans la Grèce antique, un âne sauvage errant dans un vignoble rongea jusqu'au tronc quelques pieds de vigne.  
Constatant que les pieds rongés s'étaient régénérés rapidement et qu'ils produisaient des grappes plus belles que les vignes intactes, la colère du vigneron se mua en émerveillement.
Il se mit alors à tailler intentionnellement ses vignes et pour répondre à cela de la meilleure façon, il a fallu inventer des outils capables de reproduire le même résultat que les dents d'un âne !



Pour clore cette approche, il est pratiquement établi que la première plante taillée
intentionnellement par l'homme fut le pied de vigne.
Cela aurait pu se produire en Arménie ± 6000 ans avant J.C.




Classement
Pour classer ces outils taillants, nous retrouvons selon des historiens 3 catégories :
    - le taillant des champs,
    - le taillant de la forêt,
    - le taillant du cuir.
Dautres historiens les réduisent également en 3 catégories mais par famille des outils primordiaux que sont la hâche, le couteau, la faucille.
    - La hâche produite par les armuriers comme arme ou produite par les taillandiers comme outil des bois,
    - Le couteau est lui aussi mi-arme et mi-outil,
    - La faucille est uniquement un outil de travail pour couper la paille qui donnera le grain.
      (le mot faucille est issu du bas-latin "Falcidula")
      Les premières faucilles apparaissent au néolithique dès que l'homme s'est sédentarisé et a récolté des
      céréales sauvages. Elles sont en silex, ne sont pas emmanchées et se tiennent entre le pouce et l'index.
                       
      L'homme rivalise d'ingéniosité, il va bien vite incérer le silex dans du bois et le maintenir en le collant avec
      de la sève de bouleau ou également avec du brai (résine extraite à chaud de l'écorce de bouleau) ou le
      ligaturer avec des lanières de sapin.
      Vint ensuite la courbure de cette faucille afin de faciliter la récolte des céréales ou plus exactement à
      rassembler les épis ensemble et les couper ensuite.
      Ce genre d'outils restera en usage durant plusieurs siècles.

Puis vint l'âge du bronze ancien ± -1800 à -1500 avant J.C.

La faucille
En Syrie, les taillandiers produisent les premières faucilles de métal alors qu'en Europe Occidentale on taille encore le silex. Le métal va donner à la faucille sa courbure naturelle et sa diversité de forme.
Lors des moissons, il fallait une équipe de 6 hommes durant une journée complète de travail pour couper 1 Ha de céréales.
A titre de comparaison, il faudra seulement 2 faucheurs pour le même résultat avec ce nouvel outil que sera la faux.
Toutes les faucilles ne servent pas à faire la moisson, les plus petites servent pour les jardiniers ou le paysan pour couper l'herbe destinée aux animaux, à faire du foin ou encore à désherber les terrains envahis par les mauvaises herbes ou les ronces.

Le temps de la faux.
Celle-ci permet de couper l'herbe ou les céréales plus vite mais surtout de ne plus s'accroupir, se plier ou se baisser.
Le faucheur avance en se dandinant, il effectue un mouvement semi-circulaire avec les jambes écartées.
Chaque pas a son coup de faux et chaque coup de faux son mètre carré de coupe.
La lame vole en sifflant au ras du sol. C'est net et propre mais ce n'est pas facile quand on n'a pas appris.
A force d'affutage, elle devient trop courte, c'est une nouvelle vie qui se prépare pour elle.
N'oublions pas que le fer est un luxe coûteux et donc le métal est systématiquement réutilisé, refondu, reforgé pour d'autres approches.
Après usure, elle devient taille-foin, coupe-paille, faucillon, coupe-chox, coupe-orties, grattoir ou raclette à couenne, échardonnoir, coupe-gui, émondoir ...











Retour à la vigne et à ses taillants

La serpe
Elle est aussi ancienne que la culture de la vigne et est beaucoup plus légère que la serpe bûcheronne. Le plus souvent, elle était adaptée à chaque cépage.
Le mot "serpe" n'apparaît qu'au début du XIIe S., il vient du latin "sarpo" qui veut dire tailler, émonder. Le taillandier porte le nom de "serpier", le verbe "secare" couper qui donnera scier en français.
Chaque province, région, canton et même village possède une forme de serpe bien particulière, héritage des taillandiers régionaux.
Elle sera de forme d'amande, de limande, elle est fessue, ventrue, en feuille de saule, à crochet, à 2 taillants, à huppe (on parle de serpe à huppe par rapport à la silhouette d'un oiseau huppé).
Le porte serpe était passé dans la ceinture et se trouvait dans le dos. L'emmanchement est la plupart du temps à soie s'enfonçant dans un manche en bois serré par une virole.
L'emmanchement à soie, c'est la partie effilée de la lame que l'on va rentrer dans le manche préalablement percé. La soie traverse le manche de part en part et son extrémité est soit courbe sur le manche ou fileté et elle reçoit un écrou décoré ou pas.
La virole, c'est une pièce métallique ronde qui entoure le manche pour le renforcer. Elle évite ainsi l'éclatement du manche lors des efforts apportés sur la lame suite à l'introduction de la soie.
Sur le couteau Opinel, connu de tous, nous trouvons une virole fixe et une virole qui tourne sur celle-ci afin de bloquer la lame en position ouverte.
Pour le vigneron, la taille revêt une importance considérable car elle engage directement sa responsabilité et met en avant son savoir-faire professionnel. La serpe est donc choisie avec soin et entretenue avec respect.
                                 

La serpe du vannier possède un décrochement de la lame par rapport au manche.
Le croissant, l'élagueur et l'émondoir sont des serpes à douille et emmanchées. Certaines sont munies de crochet pour faciliter le dégagement des rameaux quand ils sont coupés.
L'échenilloir, c'est une pince ou une sorte de sécateur monté sur une grande perche pouvant mesurer jusque 4 mètres. Il possède un crochet que l'on pose sur un rameau ou une branche que l'on veut couper et en dessous se trouve une lame mobile et tranchante. En tirant sur une ficelle, cette dernière remonte et coupe le rameau. Au départ, il servait à couper les nids de chenilles mais cet outil permet surtout de couper des branches élevées évitant ainsi le recours à une échelle.

La serpette
Le jardinier tout comme le vigneron utilisent aussi cet outil. Celui-ci est une petite serpe utilisée depuis des centaines d'années, on en a en a effectivement retrouvé dans des tombes romaines. Le jardinier a eu recours à cet outil dans toutes les besognes de coupe jusqu'à l'invention du sécateur au début du 19e S.
La plus rudimentaire des serpettes est faite d'une seule tige de métal que le forgeron tournait pour constituer une poignée et en applatissait l'extrémité sous forme de lame. Progressivement, la serpette sera munie d'un manche en bois pour une meilleure prise en main.
Bien que toutes sortes de manches aient été conçus, les plus sûrs et faciles d'utilisation, sont ceux dont la forme s'adapte à la paume de la main.
Actuellement encore, le bon jardinier a toujours en poche un greffoir ou une serpette avec une lame saillante facile à sortir même avec une main mouillée, pleine de terre ou calleuse. Son manche est le plus souvent en frêne, en buis ou en bois de cervidé et pour les plus riches en ébène.
Progressivement, la lame deviendra recourbée donnant une coupe plus rapide. L'arrivée de la lame repliable constituera un énorme progrès en matière de sécurité. Toutes ces lames doivent être affûtées ou aiguisées : affûter c'est redonner un profil tranchant à la lame  alors que aiguiser c'est entretenir le tranchant, que l'on nomme le fil, au moyen d'un pierre à aiguiser afin de toujours conserver le même angle.
                               
Le greffoir
C'est un outil beaucoup plus précis que la serpette car comme son nom l'indique, il sert uniquement à la réalisation de la greffe qui elle-même requiert un soin attentif mais surtout une grande précision dans la réalisation de cet acte qui consiste à mettre en contact un greffon et un porte-greffe de la même famille mais pas de la même variété.
Le greffoir comporte d'un côté une lame et à l'autre bout une spatule en os ou en ivoire. Celle-ci sert à soulever, sans l'abimer, l'écorce de la branche pour y incérer le greffon.                                                            

Alain Muset

 
 

>>>   2ème partie  
La cisaille ou taille-haie, l'esponton ou la pique,
la force,
et enfin les sécateurs petits et grands

 
 
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