Les grands voyageurs (2) - le 10/09/2014 - Le Réveil Horticole

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Les grands voyageurs (2) - le 10/09/2014

Botanique et histoire > LE VOYAGE DES PLANTES

Seconde partie
NDLR                                                                                                                        

A quel niveau de connaissance de la botanique serions-nous aujourd'hui sans ces grands botanistes
aventuriers des siècles passés ?
Ces voyages au long court, suscités au départ par les besoins des hommes ont rapidement pris une autre
dimension avec la course aux épices.
Celle-ci marqua le début d’une longue série d’expéditions, de luttes et de rivalités qui furent source de
découvertes et de progrès.
Des aventuriers se lancèrent à la conquête du monde marin encore peu connu.
Ainsi, au 16e siècle, débutèrent les transports de plantes d’un continent à l’autre ramenant
en Europe de nombreuses espèces en provenance du monde entier.
Cela donna lieu à la création de jardins botaniques, permettant de réunir au même
endroit les nouvelles espèces découvertes.  
Une vingtaine de ces aventuriers sont cités ci-après avec l'histoire ou l'anecdote qui les caractérise.
Quelques textes longs défilent en continu :
pour stopper provisoirement ce défilement, placer la souris dans le cadre correspondant.

Alain nous raconte ...

Philibert Commerson

  1727-1778



Jeanne Baret


  1740-1803

Philibert Commerson - 1727-1778   et   Jeanne Baret - 1740-1803

Commerson est médecin naturaliste.  
Au moment de partir dans tous les pays où l'officier Antoine de Bougainville
le conduira, on lui adjoint un valet de chambre nourri et payé par le roi.
Ce valet s'appelait Barré et là commence l'aventure !
En effet, car Commerson reconnut immédiatement sa gouvernante,
Jeanne Baret, déguisée en homme.
Bougainville ne trancha pas et ne la débarqua pas à la première escale.
C'est ainsi que Jeanne Baret fut la première femme
à avoir fait le tour du monde en bateau.
Elle a parcouru plus de 15000 lieues, c'est la circum navigation.
Commerson dédia à Bougainville cette plante grimpante brésilienne
qui fait la gloire des jardins (où il ne gèle pas), le Bougainvillea spectabillis.
Il décrivit en outre l'arbre des voyageurs et fut le premier à envoyer un échantillon
d'hortensia qu'il découvrit à l'île Maurice.
Cet échantillon fut probablement transporté d'Asie par des navigateurs.

Antoine Augustin
   Parmentier

  1737-1813

Antoine Augustin Parmentier - 1737-1813   et  la pomme de terre

Apothicaire militaire, lors de la guerre de 7 ans, il fut prisonnier chez les prussiens et
c'est là qu'il fit la connaissance de la pomme de terre,
présentée comme nourriture aux prisonniers sous forme de bouillie.
Celle-ci, originaire des Andes, était déjà cultivée par les Incas depuis plus de 2000 ans.
Elle débarqua en Europe en 1570 et se répandit très lentement.
Les espagnols furent les premiers à la cultiver.
C'est seulement en 1716 qu'elle fut baptisée "pomme de terre" par
François Amédée Frezier, ingénieur du roi.
Parmentier, convaincu par ce tubercule, lutta jusqu'au bout
pour la reconnaissance de sa valeur nutritive.
Afin de convaincre la réticence des paysans, il fit planter un immense carré de pommes de terre
qu'il fit garder par des militaires comme un bien précieux (mais de jour seulement !).
Au Père Lachaise où il est enterré,
on peut observer dès les premiers beaux jours,
les plants de pomme de terre poussant sur sa tombe.

Les de JUSSIEU : une famille au service de la botanique
Laurent de Jussieu (1651-1718), apothicaire de Lyon, eut quatre fils
      

      
├─> Christophe de Jussieu (1685-1758) - Apothicaire et juré lyonnais. Il reprit l'officine de son père.
      
│   
      
  ├─> Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836)  Directeur du Muséum national d'histoire naturelle.
      
  │   │
      
  │   └─> Adrien de Jussieu (1797-1853)
      
  │        │  Médecin, professeur à la Sorbonne, Président de l'Académie des sciences en 1853.
      
  │        │
      
  │        └─> Thérèse Valentine de Jussieu
      
  │
      
│   └─> Bernard-Pierre de Jussieu (1751-1836)
      
       │
      
       └─> Christophe Alexis Adrien de Jussieu (1802-1865)  Haut fonctionnaire français.
      
                
      
├─> Antoine de Jussieu (1686-1758) -
      
     Médecin, académicien, professeur de botanique au Jardin du roi en 1709.
      
    Ne voyagea qu'un an, consacra sa vie à l'enseignement et à la recherche.
      
      
├─> Bernard de Jussieu (1699-1777) - Professeur de botanique au Jardin du roi en 1722.
      
     Fit 2 voyages en Angleterre. Lors du second, il rapporta dans un pot un cèdre du Liban.
      
    En cours de route, patratas, son précieux chargement tombe, le pot casse.
      
     Sans hésiter, il rempote son trésor dans son chapeau et poursuit son chemin.
      
     Ce cèdre fut planté au Jardin des plantes de Paris où on peut encore le voir aujourdh'ui.
      
     Il a maintenant plus ou moins 280 ans.
      
     En dehors de cela, il reprit la recherche et inventa un nouveau système de classification
      
     qui divise les espèces en monocotylédones et en dycotylédones.
      

      
└─> Joseph de Jussieu (1704-1779) - Grand voyageur et médecin,
                Botaniste, participe à l'expédition au Pérou de La Condamine.
Il fut le voyageur de cette fratrie.
                Parti de La Rochelle en 1735, il revint en France pour mourir en 1771.
                Il découvrit la capucine et l'héliotrope, il collecta la coca dont les amérindiens mâchent les feuilles.
                Celles-ci contiennent de la cocaïne, anesthésique contre la douleur, la faim et la fatigue.
                Il collecta la quinquina, l'arbre à fièvre dont'on extrait la quinine, qu'il utilisera pour soigner les
                hommes et femmes qu'il croisa  sans recherche de gloire ou de fortune.

François Amédée
     Frézier

   1682-1773

François Amédée Frézier - 1682-1773

Observateur militaire, ethnologue, moraliste et botaniste.
Au Chili, il récolte une petite rosacée que les espagnols appellent "frutella"
et qui deviendra le fraisier.
Il en rapporta 5 pieds en les arrosant régulièrement alors qu'à bord des voiliers,
l'eau douce était une denrée précieuse.
Il planta un pied dans sa propriété, en Bretagne à Plougastel, et donna les quatre autres.
Deux de ceux-ci allèrent au potager du roi à Versaille,
mais les premiers essais d'acclimatation échouèrent.
Dans sa description de cette fraise il dit : elle peut être grosse comme une noix,
parfois comme un oeuf, d'une couleur rouge blanchâtre et d'un goût
beaucoup moins délicat que nos fraises des bois.
Dans le potager du roi, un certain Antoine Nicolas Duchêne cultive un carré de terre
réservé aux fraises de toutes espèces.
Ce même Duchêne réussit à hybrider
une blanche du Chili (celle de Frézier) avec un fraisier de Virginie et le résultat est un succès.
Le résultat de ce croisement est à l'origine de toutes
les variétés non-remontantes qui poussent aujourd'hui.
Il expédia sa création à Frézier qui la planta dans son verger.
Elle fera la fortune du village.
C'est de ce village puis ensuite de cette région que l'on expédiera
dans toute l'Europe, de Londres à Berlin, le fruit de Frézier et de Duchêne.

François Fresneau

  1703-1770

François Fresneau - 1703-1770 - Ingénieur de la Marine à Cayenne en Guyane

Curieux de tout, il se passionne pour l’histoire naturelle guyanaise et herborise
Botaniste éclairé, il découvre l'Hevea brasiliensis qu'il étudie sur place.
De retour en France, il réussit à dissoudre le latex dans de la thérébenthine
puis à enduire des bottes en carton et un manteau,
inventant au passage l'imperméable.

Alexandre Humbold
1769-1859   et
Aimé--Jacques
 Goujaud
1773-1858

Alexandre Humbold - 1769-1859 - Aristocrate bien-
Aimé-Jacques Goujaud - 1773-1858 - dit Bonpland - Botaniste

Ce dernier accompagna Humbold dans ses voyages en Amérique du Sud.
Ces deux hommes sont indissociables.
Ils firent un périple de 5 ans dans les Amériques, de l'Orénoque vers Washington
en passant par le Pérou, le Mexique et Cuba.
Ils découvrirent que l'Orénoque et l'Amazone,
les 2 systèmes les plus immenses d'Amérique du Sud sont reliés l'un à l'autre.
Lors de ses fréquents voyages en bateau,
Humbold observe le flux du courant qui portera son nom.
Ces 2 hommes complémentaires rapporteront de leur périple aux Amériques :
60.000 échantillons botaniques.
Bonpland acclimata en serre des orchidées qui le fascinaient.
Ils trouvèrent arums, mimosas, passiflores, fougères arborescentes,
énormément de broméliacées tel que Tillandsia usnéoïdes.
C'est l'expédition naturaliste la plus improvisée de l'histoire et la plus réussie aussi.

 Pierre-Nicolas
   Le Chéron
dit d'Incarville

  1706-1757

Pierre-Nicolas Le Chéron - 1706-1757

Jésuite en Chine, il fut le premier à introduire en Europe ces arbres
qui bordent aujourd'hui bon nombre d'avenues :
le Sophora japonica, l'Ailanthus altissima, le Cedrela odorata, le Koelreutia altissima.
Antoine-Laurent de Jussieu l'honorera en lui dédiant l'Incarvillea sinensis.

     Le Père
 Armand David

   
1826-1903

Le Père Armand David - 1826-1903 - Lazariste

Avant son départ pour la Chine, il fut professeur d'Histoire naturelle à Savonne (Italie)
ensuite envoyé en Chine
non seulement comme missionnaire mais aussi comme naturaliste.
En se rendant au Tibet, il identifia un ours blanc à taches noires, le célèbre panda.
Il découvrit également le cerf du Père david,
animal avec des bois de cerf, le cou d'un chameau,
le pied d'une vache et la queue d'un âne.
Malade, il dut revenir en France et ne repartit plus.
Mais de ses séjours en mandchourie, en Mongolie, au Tibet et en Chine,
il ramena des milliers d'échantillons de plantes.
Ce qui suit n'est qu'un pâle aperçu de la réalité :
52 espèces nouvelles de rhododrendrons, 40 de primevères,
des orchidées, des jasmins, des chrisanthèmes, le buddleia
et surtout le Davidia qui porte son nom
et qui a sa propre famille, les davidiacées.
Découvert en 1869, avec ses feuilles en forme de coeur,
les fleurs sont de petites boules vertes entourées
de 2 longues bractées blanches
qui ressemblent à de petits mouchoirs d'où son nom,
l'arbre à mouchoirs ou à pochettes.
En 1897, une deuxième espèce fut découverte par l'Abbé Farges
qui était correspondant de Maurice de Vilmorin.
Sur les 37 graines envoyées par Farges, une seule germa et
il en naquit un arbre toujours vivant à l'Arboretum des Barres.

Cette liste de botanistes n'est pas exaustive.
Certains ont eu une vie hors du commun, d'autres ont travaillé humblement
à répertorier des plantes et enrichir les herbiers.
Il faudra encore beaucoup de découvreurs car tout n'a pas été décrit.
Il existe quantités d'espèces encore inconnues et qui risquent de disparaître
avant même d'avoir eté découvertes.
L'aventure est loin d'être terminée, elle recommense au contraire.
En ce début de 21ème siècle, les botanistes emportent avec eux leur G.P.S.
pour localiser précisément leurs découvertes afin de mieux les préserver.
Ils sont devenus les gardiens d'un jardin des plantes à l'échelle du monde.

Alain Muset


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