Les arbres indigènes ? - Le Réveil Horticole

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Les arbres indigènes ?

Botanique et histoire > SUJETS DE BOTANIQUE
 

La notion d'arbre indigène échappe à la plupart d'entre nous.
Les définitions fusent mais ne se rencontrent pas toujours et les listes
qui les désignent ne se recoupent pas souvent non plus !   
Alors qu'en est'il ?


Que sont les arbres indigènes ?
Notre collaborateur Alain Muset nous apporte sa réflexion sur cette question !



 

Les arbres indigènes sont des arbres arrivés dans nos régions après la dernière glaciation.
Ce critère concerne une bonne centaine d'arbres et arbustes.
Un arbre indigène est un végétal qui par des moyens naturels s'est installé spontanément et
s'est naturellement multiplié après la dernière glaciation.
Cette dernière glaciation, il y a environ 10000 ans constitue une ligne de rupture et l'on retrouve
selon certains auteurs une datation dans cette évolution.


Ainsi, en se limitant aux arbres on évoque leur apparition selon cet ordre :



- de 9800 à 8000 ans avant J.C. :

- Pinus sylvestris, pin sylvestre

 

- Betula pendula, bouleau verruqueux

 

- Juniderus communis, génévrier commun

 

- Hyppophae rhannoides, argousier

 

- Corylus avellana, noisetier

 

- Populus tremula, peuplier tremble

 

- Quercus, chêne

- autour de 8000 ans avant J.C. :

- Ulmus campestris, orme

 

- Alnus glutinosa, aulne glutineux

 

- Tilia cordata, tilleul à petites feuilles

 

- Fraxinus exelsior, frêne commun

- autour de 3000 ans avant J.C. :

- Taxus baccata, if commun

- vers 2000 avant J.C. :

- Fagus sylvatica, hêtre commun

- vers 1000 ans avant J.C. :

- Carpinus betulus, charme commun

- et enfin vers 500 avant J.C. :

- Acer campestre, érable commun



Pourquoi arrêter à ce moment-là de cataloguer un arbre comme étant indigène ou non ?
C'est arbitraire !
Arbitraire aussi d'oublier tous les arbres et arbustes avant 500 de notre ère !
Arbitraire encore, l'expression "par des moyens naturels".
Cela signifie que les semences sont arrivées de manière naturelle apportées par le vent ou l'eau,
par les oiseaux ou les insectes. L'homo sapiens ne fait'il pas partie de la nature ?
Quelle différence en effet de savoir qu'un chêne a été semé par un geai qui en volant avec
un gland dans son bec l'a perdu et que ce gland soit tombé dans un endroit où il a pu germer
ou que ce soit un homme l'ayant sorti de son sac ou sa poche l'aie mis en terre ?

Petite parenthèse : Après la dernière glaciation, l'avance du chêne pour reconquérir sa place est due principalement à un oiseau.  
                           Le nom latin de celui-ci, "Garrulus glandarius" est à la base de son nom commun, geai des chênes.
                           Dans cette avancée de reconquête par le chêne estimée à 6 kms / an, il est le premier semeur.

Heureusement, pour contrecarrer cette xénophobie végétale de quelques-uns, nous pouvons affirmer
qu'avant la dernière glaciation, durant le tertiaire (entre 3 et 1.5 millions d'années),
se sont trouvés dans nos régions des essences telles :
Tsuga, Sequoias, Thuyas, Zelkova, Carya, Parrotia, Pterocarya, Taxodium, Castanea, Juglans,
                       Celtis, Eucomnia, Halesia, Stewartia, Styrax, Nyssa, Magnolia
...
Des fossiles retrouvés, mais surtout des pollens nous ont par leur observation
au microscope électronique, révélé leur âge.
Ces espèces sont davantage indigènes que les plantes indigènes d'aujourd'hui
dans la mesure où elles ont vécu ici plus longtemps par le passé.
Résultat d'un hazard géologique, les grandes chaînes de montagnes d'Europe
s'étendent d'ouest en est alors qu'en Amérique et en Asie, elles s'étendent de sud au nord.
Les plantes d'Europe ont dû reculer de manière répétée face aux grands froids des glaciations
et ont ainsi été retenues par les chaînes de montagne.
En revanche en Amérique et en Asie, elles ont pu continuer leur progression vers le sud sans rencontrer
d'obstacle et une fois la glace fondue, elles ont pu à nouveau coloniser les terres vers le nord.
Comparativement à ces 2 continents, l'Europe s'est retrouvée appauvrie en essences.  
Seul un nombre limité d'arbres a pu échapper à la glace. Encore moins nombreux les arbres
qui ont réussi par la suite à émigrer du sud pour retourner vers le nord.
Les espèces parvenues à survivre à ce yoyo climatique sont dites aujourd'hui "Espèces invasives".
Tout cela est aléatoire !
Nombre d'espèces manquent dans la nature mais pas nécessairement parce qu'elles n'ont leur place ici.
La raison est le fait d'un hazard idiot, d'une bétise de la nature, lorsqu'un maillon vient à manquer
tout se bloque et c'est nous, les humains qui pouvons rétablir le processus en assurant
une plus grande richesse génétique  par la plantation d'une plus grande diversité d'essences.
En allant plus loin dans notre raisonnement, si le climat se réchauffe, si les précipitations augmentent,
nous aurons besoin de ces "exotiques".  
Prenons pour exemple le chêne de Hongrie, Quercus frainetto, l'arbre croît naturellement
dans les régions montagneuses des Balkans jusqu'à 1000 m d'altitude.
Il atteint là parfois une hauteur de 40m et lorsqu'il est cultivé il mesure environ 30m.
Cet arbre a une croissance plutôt rapide, il pousse mieux chez nous que
le chêne rouvre, Quercus detraea" qui est très représenté en moyenne et haute Belgique.
Il résiste mieux au vent et aussi à l'oïdium.
Il possède un tronc droit et élancé et pousse dans tous les sols sauf sols humides.
Nos espèces indigènes, lors de leur long voyage à travers l'Europe a conduit à
un appauvrissement génétique de l'espèce.
On peut affirmer qu'en perdant une partie de ses gènes, une espèce recule.
Finalement, on peut conclure que ce qui est important ce n'est pas le lieu de provenance
d'une espèce mais bien son utilisation et son lieu d'implantation.

Alain Muset



 
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