Le siècle des lumières et les temps modernes - Le Réveil Horticole

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Le siècle des lumières et les temps modernes

Botanique et histoire > HISTOIRE DES PARFUMS

Evidemment l'histoire des parfums
a débuté bien avant les périodes relatées dans ces trois pages.
Différents ouvrages de l'Auteure pourront compléter votre information sur le sujet.
Vous trouverez sa bibliographie en fin d'article.
Nous espérons avoir suscité votre intérêt. (ndlr)



 

Troisième partie

 

Le siècle des Lumières et de l’eau de Cologne
L'évolution des goûts et le perfectionnement de la distillation conduisent la parfumerie
vers un nouvel essor au 18e siècle.
Les senteurs animales sont abandonnées au profit de créations plus subtiles
telles les "quintessences" et les "esprits", substances immatérielles.
C'est la période des grandes dynasties de parfumeurs, comme les Fargeon, Houbigant, Lubin.
Jean Fargeon est le parfumeur de toute la cour de Louis XV, surnommée en Europe la cour parfumée.
En raison des sommes énormes que lui doivent ses nobles clients, il fait faillite en 1778.
Son fils, Jean-Louis deviendra le parfumeur de la reine Marie-Antoinette.
L'eau de Cologne prend ses origines en Italie.
A la fin du 17e siècle, Jean-Paul Féminis, un négociant italien établi en Allemagne, rapporte à Cologne
une recette dont il confie le secret à son neveu, Jean-Marine Farina.
Ce dernier va en assurer le succès.
Discrètement parfumée, revigorante, cette composition produira vers 1760,
un prodigieux engouement mais aussi de multiples émules.
Yardley à Londres crée l’"English Fine Cologne", Mülhens réalise la célèbre "4711" et
Louis-Toussaint Piver triomphe avec son eau de Cologne "A la Reine des Fleurs".
La vogue de cette "eau admirable" ne se démentira pas au siècle suivant.
Ainsi, un descendant de Farina, établi rue Saint-Honoré, aura pour client Napoléon 1er et sa soeur Pauline.
Cinquante ans plus tard, grâce à son "Eau de Cologne Impériale",
Pierre-François-Pascal Guerlain sera nommé fournisseur officiel de l’impératrice Eugénie.

Les Temps Modernes
L’avènement des produits de synthèse
C'est avec l’essor de la chimie organique, dans la seconde partie du 19e siècle,
que le parfum se libère de ses origines naturelles.
On associe désormais des odeurs artificielles aux matières odorantes traditionnelles et
on développe ainsi des fragrances inédites.
En 1868, le chimiste Perkin obtient, synthétiquement, le principe odorant de la fève tonka, la coumarine.
Ce produit chimique qui évoque l’odeur du foin coupé est présent, pour la première fois,
dans la fameuse "Fougère Royale" d’Houbigant, créée par Paul Parquet.
Ensuite Reimer produit industriellement la vanilline, et Baur réalise un musc artificiel.
En 1898, Tiemann met au point le parfum artificiel de la violette, l’ionone.
Le grand parfumeur François Coty y fera appel pour lancer, en 1905, "L’Origan".
Les produits de synthèse, d’abord mal acceptés dans la parfumerie de luxe, car accusés d’être vulgaires et
de défigurer les fragrances naturelles, s’imposent avec "Jicky", créé en 1889, par Aimé Guerlain.
Pour la 1ère fois, la "dénaturation" causée par des produits de synthèse
est accueillie en tant qu’expression artistique.
Ces nouvelles molécules, aux odeurs parfois surprenantes, favorisent des créations se démarquant du réél.
Contemporains de la peinture impressionniste qui ouvrira la voie à l’art abstrait, "Fougère royale" et "Jicky "
sont les précurseurs d’une parfumerie qui se prétendra ensuite "être l’art abstrait par excellence".

L’alliance de la couture et de la parfumerie
Au début du 20e siècle, les succès des parfums
Coty, Guerlain, Houbigant, Roger & Gallet, Bourjois, Caron, Millot,
confèrent à la parfumerie française une réputation internationale.
Cela encourage les grands couturiers à se lancer dans ce domaine lucratif.
En 1911, Paul Poiret est le premier à s’y risquer mais il ne parvient pas à imposer
ses "Parfums de Rosine" dont la composition laisse à désirer.
C’est véritablement le n°5 de Gabrielle Chanel qui scelle l’union de la haute-couture et de la parfumerie.
Cette réussite a ouvert la voie à de très nombreux couturiers.
Marketing et concentrations
De 1905 à 1960, époque de l’ apogée de la parfumerie française,
les parfums sont le fait d’un petit nombre de compositeurs qui ont le temps et les moyens
de créer des produits mondialement reconnus.
Mais au début des années septante, sous l’emprise croissante du "marketing",
de nouvelles techniques de vente apparaissent, accordant beaucoup plus d’importance
à la publicité et à la communication qu’au parfum proprement dit.
La tendance étant de produire vite et beaucoup,
de nombreux parfums sont des copies, voire même des copies de copies.
Selon le grand parfumeur Edmond Roudnitska, cette situation aurait abouti, à une "cacophonie olfactive",
une baisse de la qualité des produits et à un déclin de la création
.
Fin des années quatre-vingt, avec la crise économique mondiale,
la concentration des sociétés de parfums au sein de quelques grands groupes internationaux
comme Estée Lauder, L’Oréal, LVMH, Unilever, Sanofi, Procter & Gamble, Shiseido,
achève de transformer profondément la parfumerie.
Jadis artisanat de luxe, elle est devenue une grande industrie internationale.

Tendances actuelles
A l’heure actuelle, cette structure générale n’est pas remise en cause,
mais plusieurs tendances atténuent l’uniformisation qu’elle pourrait engendrer.
D’abord, certains créateurs ont occupé les "niches" laissées vacantes par les grandes maisons.
Les créations "abstraites" coexistent avec le renouveau d’une parfumerie plus figurative
qui puise dans des notes savoureuses ou évocatrices de la modernité :
figue, céréales, cacao, noisette, thé, porto, fumée, métal, bakélite, bitume etc...
Par ailleurs, la parfumerie contemporaine redécouvre les vertus anciennement attribuées aux odeurs et
cherche de nouveaux ancrages dans des thèmes comme le bien-être et la santé.
Dans un environnement où l’on rencontre de plus en plus de stress,
de nombreux produits "vitalisants", "tonifiants", "relaxants", "purifiants", "apaisants",
qui visent une action bénéfique sur le corps et l’esprit sont apparus sur le marché..
Ainsi, la parfumerie d’aujourd’hui offre le spectacle d’un véritable foisonnement dont l’une des composantes marquantes est certainement la résurgence
d’un riche patrimoine culturel longtemps négligé.

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- L'histoire du parfum ne s'arrête pas ici bien sûr -
-
Nul doute que la parfumerie connaitra encore de profonds changements -
Franz De Weerd

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Résumé d'extraits de publication de Mme Annick Le Guérer, Docteur de l’Université, anthropologue et philosophe,
spécialiste de l’odorat, des odeurs et du parfum., chercheuse associée à LIMSIC, Université de Bourgogne.

A publié notamment :
"Les pouvoirs de l'odeur" (François Bourin, 1988, Odile Jacob, 1998,  2002), "Histoire des parfums" (Le Garde Temps, 1999),
"Le parfum des origines à nos jours" (Odile Jacob, 2005), "Sur la route de l'encens" (Le Garde Temps, 2001),
"Quand le parfum portait remède" (Le Garde Temps, 2009), "L'osmothèque, si le parfum m'était conté" (Le Garde Temps, 2010),
"100 000 ans de beauté" (en collaboration, Gallimard, 2011).

 
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