Le moyen-âge -1- le14/04/2014 - Le Réveil Horticole

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Le moyen-âge -1- le14/04/2014

Botanique et histoire > LE VOYAGE DES PLANTES
 


Alors que les traces de vie sur terre remontent à 2 milliards d'années,
alors que la naissance de la terre est estimée à environ 4,5 milliards d'années,
c'est à l'ère tertiaire (-40 millions d'années) que l'on trouve les premiers primates
et l'Homo-sapiens apparait il y a seulement 100000 ans.
Un regard sur ces 20 derniers siècles, donne la mesure du parcours de l'homme.
Qu'en est-il durant cette période pour la flore qui nous entoure ?
Ce sont les détails de ce morceau d'histoire que nous raconte Alain sur le sujet.
(ndlr)

 

Alain nous raconte ...


Après l'implosion de l'Empire romain, les hordes de tribus germaniques tels les Goths, Burgondes, Alains, Francs, Huns et autres se déversèrent sur cet empire en déliquescence et ce à partir du 4ème siècle.

Mais .....
D'autres envahisseurs, très patients ont réussi à occuper toute l'Europe sans bruit et sans armes.


Ces envahisseurs très discrets sont les plantes sauvages. Elles qui durant une très longue période historique appelée encore arbitrairement et par commodité le moyen-âge, ont occupé pas à pas l'espace européen.
Pour les historiens, le moyen-âge va de 476 à 1453 ou selon les opinions de certains jusqu'en 1492, date de la prise du Royaume musulman par Isabelle la catholique.

Vers l'an mil, on redécouvre une arme efficace, l'outil métallique, telle la charrue.
Alors, on débroussaille, on essarte, on laboure....
La nature sauvage recule ainsi peu à peu.

Durant tout le moyen-âge, la botanique n'existe plus ! Comment en serait-il autrement avec une pensée toute entière tournée vers le spirituel dans laquelle, l'observation et l'expérience sont bannies.
Tout ce qui cherche à concurrencer Dieu fait oeuvre de sorcellerie. L'Eglise soupçonne des relents de paganisme dans la connaissance et l'utilisation des plantes médicinales, et elle n'a pas tort car le vernis du christianisme dans les campagnes est très mince. Dans ce contexte évidemment ne demandent qu'à germer à nouveau les croyances et les savoirs immémoriaux.

C'est pourtant dans les couvents et les monastères que vont être conservés les savoirs antiques !

En botanique, l'ouvrage de référence durant 1600 ans est celui de Dioscoride, "Materia medica" dans lequel il répertorie plus de 600 espèces, oublie souvent de les décrire et s'applique à leur donner des vertus thérapeutiques. Ainsi toute la botanique de cette période va s'appuyer sur Discoride.
Quant à Paracelce Théophraste dans son "Histoire des plantes", il distingue les organes des végétaux et détermine les phénomènes qui y sont liés.
Enfin, il y a les copistes qui ajoutent palimpseste sur palimpseste !
Un palimpseste est un manuscrit sur parchemin dont la première écriture a été lavée ou grattée et sur lequel un nouveau texte a été écrit, gommant les passages les plus sulfureux, cousant sur le texte original un patchwork de commentaires de tous genres

(surtout si le copiste y ajoute son grain de sel !).

Pendant plus de 1000 ans, dans la chrétienté, le savoir scientifique s'est figé dans les dogmes.
Durant tout ce temps, les choses ne changent que très lentement et les mentalités traînent loin en arrière.
Pourtant, les hommes n'ont cessé de bouger, de voyager ! (N'oublions pas que les hommes et les plantes ont toujours voyagé de concert)
Dans la réalité, un homme qui rapporte dans ses bagages une plante découverte dans un pays étranger, comptera bien l'enraciner et l'acclimater avec lui dans sa terre promise comme par exemple ce soldat de l'armée d'Alexandre qui rapporta dans sa giberne de la vallée de l'Indus 2 ou 3 plants de canne à sucre qu'il va planter quelque part en Palestine, sur les rives du Nil ou en Espagne en lui donnant le nom de "Roseau à miel"
Ou encore ce conquérant arabe arrosant une armée d'orangers provenant de Chine !
C'est un bien long voyage que fit cet oranger placé sur la selle d'un cheval. Ce fruit de Chine était inconnu des romains et des grecs. On peut imaginer que l'arbuste fut embarqué sur une jonque en partance pour l'Inde ou le Bengale pour ensuite être transféré sur un boutre arabe à destination d'Aden et gagner toutes les rives sud de la Méditerranée. Ce guerrier le planta sur le rocher de Gilbraltar pendant que d'autres jardiniers arabes  le plantèrent en Sicile. Les normands, les génois et les vénitiens le diffuseront dans toute l'Europe.
Charlemagne goûta le fruit vers l'an 800. Les vergers andalous étaient cultivés avec d'autres plantes inconnues en Europe. Le datier, la canne à sucre, le bananier et surtout l'oranger et le citronnier y étaient plantés au point que l'on a pu croire que ces essences étaient toutes originaires d'Europe.
La conquête de la péninsule ibérique par les arabes se fera en 8 ans mais leur implantation durera de l'an 711 jusqu'en 1492. Durant cette période, ils apporteront avec eux la vis d'Archimède, provenant d'Egypte, ce qui permettra d'irriguer les plaines espagnoles.
C'est à l'occasion des croisades (au XIIe siècle) que les génois rapportèrent la boussole, invention chinoise, transmise par les arabes. Il faudra néanmoins attendre encore 2 siècles pour que cette invention serve à de nouvelles conquêtes.
Les florentins redécouvrent l'abricot. L'abricotier était déjà connu des romains mais s'était perdu dans les forêts de l'obscurantisme. Provenant des pentes du Tibet, il est le seul fruit ramené des croisades par les chrétiens !

Alain Muset


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