L'art du bonzaï - Le Réveil Horticole

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L'art du bonzaï

Rubrique plantes > SUJETS DIVERS

Conférence donnée par Claude Hulet - le 29 mars 2013

Pour sa conférence, Claude nous a présenté une dizaine de bonzaïs de ses réalisations.
Après son exposé, une multitude de questions d'ordre pratique sont venues de la salle.
L'orateur nous avait préparé une petite démonstration de création d'un bonzaï
à partir d'une épinette blanche.
Après observation de la plante et de sa configuration, il avait réalisé
un dessin de son projet à long terme sur cette plante.
Il a devant l'assemblée préparé cette plante à sa future configuration.
Ablation complète de la racine principale, taille sévère au niveau des branchages et du feuillage,
mise à plat des racines, diverses ligatures... afin d'amener la plante à l'objectif fixé sur le dessin.
Tout ceci n'est en fait qu'un point de départ.
Un long cheminement reste à couvrir dans cette relation entre l'homme et la plante.
En cliquant sur ce lien, vous pouvez voir les images de ce départ.
Au fil du temps nous vous présenterons les évolutions de cette transformation.



Préalable de l'auteur
Vous entretenir de la culture des arbres relève davantage du cercle horticole de mon village que des préoccupations philosophiques.

C’est la première réflexion des néophytes.

Ce qui va suivre concerne des arbres bien particuliers qui ne sont pas cultivés mais  élevés.
Je  sollicite votre attention sur le contenu philosophique de mon texte. Contenu implicite mais présent en permanence.
Je n’ai pas voulu agiter une petite sonnette chaque fois qu’un parallèle avec ces  préoccupations captivera votre attention.
Je vous laisse découvrir les applications qui pourront faire l’objet de vos commentaires en conclusion.

Les passions n’intéressent généralement que ceux qui en sont animés et la culture d’arbres dans des petits pots peut paraître complètement farfelue. Sauf si on  analyse la philosophie qui caractérise cette passion qui devient alors un art.
Oui j’ai dit art car on peut parler de sculptures vivantes. A la différence de ce qui se passe pour d’autres formes d’art, le plaisir n’est pas dans la contemplation de l’œuvre achevée mais dans sa création.

Un peu de physiologie pour comprendre qu’un arbre reste un arbre même nanifié. .
Un arbre est un magnifique complexe industriel autonome : il extrait sa substance de l’air et de la terre   - la sève ascendante, il transforme par la chimie, il obtient des matériaux pour sa vie – la sève descendance, il possède des stocks vitaux, il produit des déchets rejetés ou emmagasinés et il est alimenté en énergie par le soleil.
Il est constitué de trois parties : les racines - le tronc et les branches -  les feuilles.

Un bonsaï est un arbre ordinaire guidé dans son développement.
Les racines sont confinées dans un pot sans ancrage de l’arbre: le pivot est éliminé et les radicelles sont taillées.
Le tronc et les branches favorisent une lumière suffisante, l’arbre est mis en forme par la taille et les ligatures.
Les feuilles sont nanifiées en dosant l’arrosage et la lumière, par la défoliation en été et les rameaux terminaux qui sont rabattus.

Le profane que j’étais ne se doutait absolument pas que les symboles et les outils découverts dans ma trousse à outils trouvaient implicitement un usage si évident dans sa passion. Mais avant d’entrer dans cette considération, quelles sont les origines du bonsaï ?

Il est né en Orient, probablement en Chine.
Une hypothèse est celle de l’herboriste qui cultive les plantes en pot plutôt que d’arpenter la campagne. Les tailles successives auraient donné un aspect intéressant pour la décoration.
Peut-être est-ce ainsi qu’est né le Pensaï –un arbre dans un pot - et le Pen-jing  - paysage avec des roches et des plantes ? Je n’y crois pas tellement.
Une autre hypothèse trouve sa crédibilité dans la volonté des Chinois de vouloir recréer la nature dans un petit espace comme dans les magnifiques jardins des lettrés. En Chine les traces les plus anciennes ont été découvertes lors de la dynastie des Tang au VIe siècle avant notre ère. Ces paysages étaient porteurs d’une symbolique : l’eau étant source de vie, les monts représentant les forces créatrices de la nature, les squelettes de la terre, et les arbres les pensées mouvantes des formes de vie universelle.
L’arbre isolé dans un pot s’est développé parallèlement au paysage. Il fallait une grande harmonie entre l’arbre, le pot, les roches. L’arbre lui-même devait être équilibré entre son tronc, son feuillage et son branchage.
C’est probablement au XIIe siècle que des moines bouddhistes introduisent au Japon le Pensaï qui devient bonsaï en japonais.
Il était réservé à la noblesse, puis à la haute bourgeoisie et à la classe religieuse. Ils étaient,
à l’entrée des propriétés, gardiens des traditions et des fortunes. L’art de la nanification pénétra toutes les couches sociales et devint le bonsaï que nous connaissons aujourd’hui, un arbre cultivé dans un pot.
En 1878, le bonsaï est exposé à Paris à l’exposition universelle pour la 1e fois en Europe. Mais c’est surtout après la 2e guerre mondiale que les occidentaux le découvrent.
Le raffinement et la perfection auxquels nous tendons ce jour dans la création du bonsaï ne sont apparus qu’au 20 e siècle.

Créer est un art.
Créer un bonsaï est un art royal.
Le bonsaï est une sculpture vivante qui porte la marque brillante de l’étincelle créatrice.
Pour l’oriental, il lie la Terre au Ciel dans une constante Dieu-Terre-Homme sous forme d’un triangle à l’inclinaison variable. En Orient, on définit l’arbre comme quelque chose qui naît de la terre et se dirige vers le ciel. La plante n’est pas un objet mais une parcelle de l’univers qui a sa vie et son esprit propre.
Le bonsaï symbolise l’éternité, il est image intérieure et garde à l’homme une jeunesse d’esprit éternelle.
Quand je soigne un bonsaï je tente de le rendre plus parfait que nature sans pour autant que mon intervention puisse être décelée. Je laisse faire mon intuition guidée par une idée préalable, fruit de l’intellect. Mais la magie, la poésie, la suggestion viennent de l’intérieur, du produit de ma réflexion, d’une part de moi-même localisée plus dans le cœur que dans l’esprit. On entend par nature tout ce qui n’est pas culture, et inversement. Le bonsaï participe des deux. Cette affirmation est paradoxale puisque, en théorie, ce qui est naturel exclut ce qui est cultivé, et vice-versa. Mais je dirai que ce paradoxe est un des ingrédients de la poésie car je considère le bonsaï comme une expression poétique entre autres choses. Il est donc bon qu’il y ait paradoxe. L’ambiguïté qui entoure le bonsaï est logique quand je tente de le définir soit comme œuvre d’art, soit comme œuvre de la nature soit comme les deux à la fois.
Le bonsaï apparaît comme le produit de diverses disciplines : botanique, horticulture, art et philosophie. Elles s’y retrouvent si intimement liées que l’absence de l’une d’elles empêche d’atteindre la perfection.
Tout l’art réside dans la recherche de la perfection. Mais existe-t-elle ? C’est le moyen d’atteindre Dieu. L’oriental, le Japonais particulièrement, est polythéiste. Dieu est partout, dans une fleur, la nature, l’esprit. Le résultat des soins au bonsaï permet de rejoindre Dieu, presque de devenir Dieu.
Ce qui me fait dire que, pour nous occidentaux, c’est une gageure de comprendre l’esprit en Orient. Ce serait comme tenter de mesurer l’univers avec un mètre ruban. Mais notre mode de vie occidentale n’est pas dépourvu de richesse. Depuis toujours, et parce qu’on nous a élevé ainsi, nous évoluons sur le terrain de la lumière (la raison occidentale), mais l’obscurité, elle aussi, existe et son attrait est puissant. Le bonsaï, arbre issu de la forêt, continue à rétablir l’équilibre entre la lumière et l’obscurité. Il résume la philosophie des contraires de la nature. Le plus difficile, le plus beau c’est d’atteindre l’équilibre entre le visible et l’invisible. Je ne me lasse pas d’essayer de découvrir l’invisible en sculptant un bonsaï.

Avec beaucoup d’humilité je vais tenter d’aborder la perception du vide. Je dis bien vide et pas le néant. Pour le zen, l’expérience de la beauté tranquille du bonsaï a son origine dans la vacuité. Une notion difficile pour les esprits occidentaux, mais pourtant au centre de la pensée Bouddhiste. La pensée scientifique moderne retrouve cette conception de la nature ultime du monde comme un vide dense duquel émergent toutes les possibilités. C’est de ce vide que procède la réalité de tout objet lorsqu’on a su le dépouiller de toutes les projections mentales que nous faisons habituellement sur lui et qui ne lui appartiennent pas en propre. Voir cela, selon le zen, c’est s’éveiller à notre nature originelle. Dans cet esprit de simplicité et de naturel, l’imperfection liée à l’état naturel brut est ressentie comme une plus grande perfection que la perfection absolue. Dans cette conception de la beauté, le rugueux de la poterie artisanale vaut plus que le poli parfait de la poterie industrielle.

Lors de mes visites en Chine chez des maîtres de bonsaï, nous avons échangé nos secrets, nos méthodes, notre savoir. J’étais ravi de constater que nos gestes ne différaient pas. Nous n’avions plus aucun secret l’un pour l’autre. Mais il y avait dans le regard, le ton de la voix, le sourire lent et presque imperceptible une lumière qui m’échappait. Le temps ne comptait plus. J’étais tombé sous le charme d’un esprit qui m’était étranger, inaccessible. Cette atmosphère était une découverte que je n’ai toujours pas retrouvée. Aujourd’hui, la chance d’avoir perçu ce sentiment ancré dans mes souvenirs me comble de bonheur.

L’esprit du bonsaï tient dans une réalité philosophique et religieuse complexe.
L’art s’est développé au Japon où  quatre saisons, indispensables au bonsaï, rythment la vie. Il trouve son épanouissement dans 500 ans d’histoire et de tradition
En donnant une forme à l’arbre, en, le taillant, nous apprenons l’humilité et la patience.
Je considère l’humilité comme une vérité car personne n’est détenteur de la certitude absolue, chacun peut apporter sa touche personnelle et transmettre son savoir.
Il est impossible d’ignorer le processus de croissance et le devenir.
On refait la création à une petite échelle.
Le bonsaï symbolise l’abolition du temps car il impose un travail répétitif mais aussi il se transmet de père en fils en véhiculant les valeurs morales et religieuses.
La brave dame qui hésite dans le choix du bonsaï à acheter au Brico  n’imagine pas une seconde toute la symbolique de ce petit arbre. Chez nous il a perdu son identité.
L’art du bonsaï est chemin de spiritualité. Il n’y a aucune tricherie possible dans l’art de le soigner : il porte en lui la main de l’homme. S’il est beau, j’en retire une grande fierté intérieure car moi seul connais le travail que j’ai pratiqué sur cet arbre. J’apprends à le respecter en n’allant pas contre nature, mais en découvrant sa personnalité, en accentuant son caractère pour n’en retirer que ses qualités et corriger ses défauts. C’est aussi un rapprochement entre l’homme et la nature car le rapport étroit et quasi quotidien avec le bonsaï me fait participer différemment aux phénomènes naturels et redécouvrir le vent, la pluie, le gel et la sécheresse comme autant de voyages parcourus dans la terre.  

Le modèle pour développer cet art est la nature.
La démarche pour atteindre la perfection consiste à l’élaboration tout en pensée du résultat recherché. C’est un achèvement par l’esprit avant la création. Le bonsaï peut être considéré comme l’union de la nature avec l’art. Ce n’est qu’au Japon que le bonsaï en tant qu’art pouvait se développer, là où existent les prémices esthétiques philosophiques et religieuses.
C’est-à-dire le goût pour le raffinement dans la simplicité et la religion : le shintoïsme et le zen. La philosophie zen touche tous ceux dont la sagesse conduit  à la recherche de la vérité. Nul ne peut prétendre l’atteindre si au fond de lui-même il ne la désire pas vraiment. Le zen est l’esprit le plus pur du taoïsme qui a pour idée de s’harmoniser, de suivre le mouvement de la vie, d’en accepter le changement sachant que toute idée de possession est illusoire puisque tout meurt, s’use, se transforme indéfiniment.
Le but poursuivit par l’éleveur de bonsaï est simuler ce que produit la nature qui exprime son éternité par de très progressifs et très lents changements. C’est le processus montré par le bonsaï.

Si cette notion est comprise on peut essayer d’entrer dans le monde du Wabi et du Sabi.
C’est la description des sentiments propres au Japonais.
Le Wabi est un état d’esprit, un lieu, une atmosphère qui engendrent un sentiment de grande simplicité, de calme, de dignité. C’est la modestie qui se contente de peu et qui, en art, signifie l’inachevé.  Comme la cérémonie du thé, le théâtre ou le paysage.

Le Sabi est une paix intérieure, une simplicité qui provient d’un objet qui porte la marque du temps et de l’homme qui a pensé l’objet. C’est la beauté, l’opinion selon laquelle tout arrive de soi-même, la marque du temps, la nostalgie. C’est le plaisir de posséder et de prendre soin.

Imaginez que vous êtes dans un jardin de mousse au bord d’une pièce d’eau, vous entendez le murmure de la cascade qui trouble le silence et, isolé sur un socle près de l’entrée de la cour intérieure, un bonsaï.  
Laissez vagabonder votre imagination.

Vous venez de vivre le Wabi et le Sabi.
L’esthétique des choses non conventionnelles, la sobriété, le dépouillement, l’humilité.
Ce sont des sentiments qui se rattachent au bouddhisme zen réservé aux moines qui créent le bonsaï. Ils entretiennent l’amour des humains et des plantes.
On tente d’expliquer à nous occidentaux que le Wabi est la satisfaction intérieure, la plénitude que l’on éprouve en méditant devant la grandeur des phénomènes naturels. Il invite à la modestie devant la nature et à l’acceptation des événements naturels. Cette conception ne place pas l’homme au centre de l’univers mais lui donne la sensation de participer à un mouvement universel.

L’art du bonsaï est un art étrange, un mélange entre nature et culture.

On crée un objet ressenti comme réel, naturel.
On manipule pendant un laps de temps fort long.

Chaque bonsaï est un original dont la création n’est jamais terminée, elle est toujours à venir.
Pénétrant dans un jardin au Japon, on pourrait dire au maître «  Montrez-moi votre bonsaï, je vous dirai qui vous êtes. » Car il y a un lien étroit entre l’éleveur et son arbre. L’arbre est son reflet.

Une règle fondamentale préside à la conception d’un bonsaï : il n’y a que quelques lignes de force possibles, symbolisées par la forme du tronc. Mais une seule de ces lignes doit dominer. La symétrie est interdite. Je cherche toujours à atteindre un équilibre dynamique fondé sur l’harmonie entre le tronc, la coupe et la forme de la ramure.
Mais le premier objectif poursuivi est de protéger la vie de l’arbre. Il faut donc connaître ses limites, ne pas le contraindre contre la nature qui est si généreuse. Pour percevoir les frontières de mes interventions, je tente de me substituer à lui, d’anticiper ses réactions, de partager ses joies et ses peines, de l’aimer dans un sentiment tellement étranger à ma culture. Il est loin d’être docile. Ses réactions se situent toujours dans un avenir parfois lointain mais toujours en silence.
Il me rend bien mes petites attentions en proliférant dans une harmonie recherchée … ou en mourant.
Mais sa mort considérée comme un échec doit forger l’humilité nécessaire à la réussite et ne pas conduire au renoncement.
Dans notre monde pressé, la culture du bonsaï est souvent synonyme d’insuccès, d’impatience, d’incompréhension.
Le japonais ne peut vivre sans son jardin, il lui est aussi nécessaire que la douche pour le corps. En occident, on ne sait plus regarder, on ne sait plus profiter de l’instant qu’on ne verra plus. L’arbre est avant tout objet de méditation. Un bonsaï ne laisse jamais le regard indifférent, il suscite des pensées, des souvenirs, des rêves.
Je dois au bonsaï le plaisir de savourer la nature dans laquelle je vis comme le sous-bois à Villers-la-Ville qui se tapisse de bleu pendant la floraison des jacinthes en mai. Une merveille ! La nature est une amie de jeunesse de l’homme. Mais on s’est séparés. On est devenus étrangers l’un à l’autre. Des trésors inestimables défilent quotidiennement devant vos yeux. Inconsciemment vous les admirez : un coucher de soleil, une goutte de rosée sur une toile d’araignée, un caillou dans le lit du ruisseau. Prenez le temps, arrêtez-vous un instant pour vous émerveiller. Rendez la conscience à l’inconscient. Soyez heureux dans votre imaginaire.

Au Japon, le sentiment de la nature est profondément enraciné chez chaque Japonais.
En 1946, alors que le pays est occupé par les Américains après la défaite, l’empereur Hiro-Hito adresse ses vœux de Nouvel An comme suit :
« Dans la nuit d’hiver
Le vieux pin persiste impassible
Même si la neige pèse sur ses branches. »
Il ne pouvait choisir meilleur arbre pour ce poème mélancolique. Le pin est l’arbre des poètes.
Il est aimé en Chine pour sa majesté.

Un créateur, plus exactement un éleveur, de bonsaï recherche la beauté qui tient essentiellement aux soins reçus en vue de la perfection des formes et des lignes harmonieuses. Il tombe facilement en émerveillement et rejoint le sacré. Il se sent d’égal à égal comme avec un ami. Il ne domine pas la nature, il se contente modestement de la parfaire.

Autrefois, les styles adoptés pour la sculpture de l’arbre correspondaient à des symboles philosophiques et religieux. Maintenant ils ont perdu leur sens métaphysique. Le symbole 3 est souvent présent comme bonheur – longue vie – vertu.
Certains moines chargés de soigner un bonsaï jeûnaient en oeuvrant l’arbre. Ils se préparaient mentalement longtemps à l’avance et appliquaient le caractère sacré, religieux de la pensée dans le symbole 3. Mais si nous ne saisissons plus  cette spiritualité, contentons-nous de sculpter un bonsaï dans une forme qui nous plaît, sans stéréotype, dépourvu de toute pensée.
En matière de bonzaï, d’après moi, il n’y a pas d’absolu. Tout a droit de cité. Il faut simplement laisser faire l’imagination. La nature fixera elle-même ses limites.

En  modelant mes bonsaï, je me substitue à lui et m’imagine devenir cet ami le mélèze ou aussi l’acacia qui me replonge dans mes souvenirs chaque fois que je le contemple.
Quand je connais un échec je me questionne sur mes erreurs. Quel est l’outil que j’ai mal utilisé ? Trop ou trop peu.
Un arbre en plein épanouissement provoque aussi mon questionnement.
J’y associe une méthode que je résume comme suit : précision, Art Royal, humilité, équilibre, clairvoyance. Un seul manquement et c’est l’échec pour atteindre le but poursuivi : la perfection.
Créer un bonsaï ne se résume pas à entretenir une plante mais aussi, et pour moi surtout, cultiver son esprit à soi. Ce n’est pas un simple divertissement, même intelligent ; c’est surtout une recherche permanente pour améliorer mes rapports avec les plantes et avec le monde qui m’entoure.
Cette passion imprégnée d’un zeste de philosophie est une vitamine sans pareille pour maintenir en vie mon engagement dans la vie. Je me ressource régulièrement. Le temps ne compte plus. Je connais parfois des moments d’angoisse quand après avoir fait pivoter un chêne nanifié sur le plateau tournant pour l’observer sur toutes ses faces, je ne parviens pas à imaginer son devenir. Je l’abandonne pour y revenir avec un autre regard. Quelle paix intérieure quand ma décision est prise! Sachant pourtant que le jugement ne pourra intervenir que dans plusieurs années.
C’est peut-être aussi cela poser des jalons aujourd’hui pour le devenir.

Claude Hulet

 
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